Les Adrulens

Adrula

Les Adrulens ne sont pas une espèce comme les autres. Ils tiennent davantage des dieux que des hommes : leur existence se compte en millénaires, leur volonté façonne la matière, et le moindre d’entre eux dépasse de loin tout ce que la Terre a jamais enfanté. Leur civilisation s’organise en castes rigides, immuables, où la place de chacun est fixée à la naissance et ne se discute pas. C’est cet ordre, plus que toute frontière, qui définit qui ils sont.

Ils viennent d’Adrula, le monde qui leur a donné leur nom. Là, parmi les castes, l’une se distinguait des autres : celle qui vouait son culte à la déesse Mayila. Sa dévotion la mettait à l’écart, objet de méfiance autant que d’envie. Une foi entière tournée vers une seule divinité finit toujours par déranger ceux qui n’y croient pas.

L’exil

La méfiance devint complot. On accusa les fidèles de Mayila d’une trahison qu’ils n’avaient pas commise ; les preuves furent fabriquées, le procès joué d’avance. Les autres castes, pour une fois unies, prononcèrent la seule sentence qu’elles jugeaient à la hauteur du crime : le bannissement. Non pas la mort, mais l’exil hors d’Adrula, jetés dans le vide pour ne jamais revenir. Ce n’étaient plus des seigneurs ni des conquérants. C’étaient des proscrits.

C’est dans cette errance qu’un signal les atteignit. Très loin, sur un monde minuscule, une guerre nucléaire avait éclaté ; le fracas en avait été si violent qu’il déchira une brèche entre les plans, le même cataclysme qui marqua L’effondrement. Cette déchirure résonna à travers l’univers, et les exilés en reçurent les ondes comme une voix dans la nuit. Pour la première fois, ils avaient la preuve qu’une autre forme de vie existait. Ils décidèrent de la suivre jusqu’à sa source : la Terre.

Le voyage

Le voyage fut long au-delà de toute mesure humaine. Leur vaisseau atteignait près du tiers de la vitesse de la lumière, mais il fallut près de cent dix-huit jours à seulement accélérer, poussant leurs corps au bord de ce qu’ils pouvaient endurer. Puis vinrent les ténèbres : trente-cinq années-lumière à franchir, et près d’un siècle passé dans le froid et le silence avant que la Terre n’apparaisse enfin.

Le premier vaisseau qui parvint jusqu’à nous ne venait pas conquérir. Il venait regarder, comprendre, explorer. Les Adrulens sont, pour l’instant, des visiteurs. Ce qu’ils décideront une fois leur curiosité satisfaite, nul ne le sait, et c’est au maître du jeu d’en décider.


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